De gouvernement en gouvernement les soldes sociales continuent : Jeunesse et Sports, Culture, Vie associative… La politique du rabot à plusieurs lames.
La crise COVID avait été le prétexte pour le répéter à l’envi : il y a des ministères qui ne sont pas essentiels. Il y a des politiques publiques vouées à incarner des variables d’ajustement.
Le président de la République a ouvert une crise politique inutilement. Les avatars de ses gouvernements prolongent sur le fond sa doxa idéologique. On a découvert pendant l’été que les Mozart de la Finance au pouvoir sont à l’origine d’un déficit public de 6,1% du PIB. La dette tricolore serait ainsi à un taux record. Elle nous exposerait à de lourdes pénalités décidées par l’Europe ainsi qu’à des dégradations de note française par les agences de notation de l’ordre économique mondial. Cela ferait fuir les marchés, alourdirait les intérêts des emprunts publics.
Une ligne claire : ne pas remettre en cause les aides non compensées au grand patronat, ne pas contrarier la finance internationale, faire payer tout le monde au nom de « l’effort collectif ».
Le gouvernement de l’automne, pour arriver à contenir le déficit à 5%, avait décidé d’une réduction globale de 12,5 % des crédits alloués aux administrations publiques (Etat et collectivités). Devant le tollé généralisé (communes/intercommunalités, départements et régions) l’effort demandé aux territoires a été contenu. Mais le mal est fait.
Les budgets sont en train d’être votés. Une ligne générale se constate : le soutien public à la Culture, au Sport, à la Vie associative est laminé. Dix régions ont voté leur budget 2025 au mois de décembre 2024. Les chiffres sont là : Jeunesse et Sports et la Culture subissent des coupes variables allant de 20 à 50%. Les élagages de l’Etat amplifieront la régression. Car inscrit dans une orientation politique générale inchangée, le PLF Bayrou devrait confirmer à peu « d’avancées » près le PLF ayant conduit à une « motion de censure ».
La feuille de route « Jeunesse et Sports » : à l’inverse de l’héritage des « jeux » !
Le 16 janvier le Sénat a débattu d’un amendement gouvernemental supprimant 123,5 millions d’euros sur les crédits « Sport, jeunesse et vie associative » dont 34 sur le sport. Droite et Gauche s’y sont opposés. Le rapporteur général du budget (LR) a dénoncé que « le sport ne doit pas être le grand sacrifié des causes budgétaires et comptables ». La ministre Marie Barsacq a voulu expliquer sans convaincre que cette baisse était consécutive au « coût de la censure ». Le CNOSF – tout en « comprenant la situation du pays » – a fait remarquer que le PLF 2025 avait déjà prévu une coupe de 100 millions d’euros sur le ministère des Sports. Il a proposé de revoir la répartition du produit de la taxe sur les paris sportifs avec la Française des Jeux pour combler la perte.
Ce même 16 janvier le Sénat a voté la suppression de 80 millions d’euros pris sur le budget du Service national universel. Il a même proposé sa suppression.
Toujours le 16 janvier, « dans l’attente de la loi de Finances 2025 » une directive a été adressée aux préfets, recteurs et l’ensemble des chefs de services pour geler des crédits sur le BOP 163. Le Budget ferme les robinets. Citons-en des extraits :
- « Concernant les dépenses discrétionnaires (FDVA hors fonds de concours, partenariat associatif local, etc.), aucun financement ne pourra être accordé pendant la période des services votés, y compris quand celui-ci était prévu dans le cadre d’une convention pluriannuelle d’objectifs conclue avant le 1erjanvier 2025. En revanche, les appels à projets pourront être lancés durant cette période »
- « Aucun financement ne pourra être accordé dans le cadre du dispositif Colos Apprenantes. En conséquence, tout séjour prévu dans ce cadre durant les vacances de février ne pourra bénéficier du soutien financier du P163 »
- « Les séjours SNU de janvier 2025 […] pour lesquels l’Etat s’est déjà engagé auprès des prestataires contribuant à l’organisation des séjours, sont maintenus. Le maintien des séjours de février et mars reste soumis aux arbitrages en cours »
- « Des arbitrages restent à rendre concernant le service civique, étant entendu que les contrats déjà conclus ne sauraient naturellement être remis en cause »
- « La place du CIDJ et des CRIJ dans le service public d’information jeunesse, conjuguée aux difficultés de trésorerie auxquelles sont confrontées certaines structures, nous paraissent justifier l’intégration de leur financement dans le régime des services votés. Nous vous remercions donc de nous signaler tout CRIJ en situation de rupture de trésorerie potentielle en l’absence de versement de la subvention du P163 au premier trimestre. Ce signalement devra s’appuyer sur un plan de trésorerie de l’association pour l’année 2025 »
- « Aucun nouveau financement FONJEP (JEP, CS, Guid Asso) ne pourra être accordé en 2025. Le financement des postes accordés en 2023/2024 (hors BOP P163) restent à arbitrer »
- « Au regard de ces éléments, la programmation du 1ertrimestre relative aux services votés du P 163 qu’il vous est demandé de transmettre à votre contrôleur budgétaire régional avant le 15/2 sera réduite : au SNU (avec un périmètre de séjours à arbitrer), aux CRIJ présentant des risques de rupture de trésorerie, au paiement des restes à payer résultant d’engagements antérieurs à 2025 ».
Une catastrophe pour le ministère, ses personnels et leur emploi, pour l’action publique Jeunesse et Sports et la société civile organisée.
Le SNPJS-CGT n’entend pas verser de larmes hypocrites sur le SNU, ni même sur d’autres programmes qui rabougrissent tous les métiers spécifiques Jeunesse et Sports à remplir des indicatifs de performance inadaptés. Sur le SNU nous regrettons cependant que les crédits votés en suppression ne soient pas redirigés sur l’éducation populaire et sur des circuits innovants et concertés en faveur de parcours citoyens remplaçant le SNU et dynamisant de nouveaux PEDT.
Les coupes budgétaires conjuguées des différentes politiques publiques vont entraîner des conséquences énormes qui ne peuvent à court terme que contribuer au démantèlement et à la disparition du ministère via des mises en agences ou délégations multiples à la recherche de financements d’opportunités. L’emploi (sa qualité comme son volume) est bien entendu exposé de plein fouet. Le devenir des CREPS est d’autant plus assombri qu’il va encaisser en cascades les suppressions budgétaires des Régions et les concurrences du secteur privé y compris lucratif.
Les recrutements 2025 étaient déjà dérisoires (les volumes en profs de sport et CTPS sont même négligeables) mais que va-t-il en rester au PLF de février ? Idem sur la montée en puissance des rémunérations et ceci indépendamment du fait que le RIFSEEP des PTP soit insatisfaisant ? Mais le plus grave dans tout ce scénario c’est l’aggravation prévisible du sens des métiers et missions.
Dans un contexte où l’intégration au MEN n’est déjà pas satisfaisante et où de réelles craintes sont liées au fait que les hiérarchies de proximité jouent avec la nature des emplois comme bon leur semble, tout est possible sans cadre stabilisé.
Le SNPJS-CGT, syndicat qui a toujours été attaché à l’unité d’action, entend s’adresser à l’intersyndicale Jeunesse et Sports, pour qu’elle s’adresse par la suite à la société civile organisée du périmètre Jeunesse et Sports, aux élus locaux. Nous allons proposer des heures d’information intersyndicales (pourquoi pas toutes à une même date en amont de la présentation du PLF ?).
Il faut nous organiser, ne pas nous isoler, pouvoir dépasser nos divergences d’analyse parce que c’est le maintien de notre mission de service public d’Etat (nous ne sommes pas qu’une administration) qui est sacrifiée. Avec elle c’est un pan de mission éducatrice tout au long de la vie qui s’il s’écroule va coûter bien plus cher par le délitement social engendré.